Coaching entrepreneurial en RDC : entre auto-régulation et vide institutionnel
En République Démocratique du Congo, l’entrepreneuriat constitue un levier majeur du développement économique et social. Face au chômage des jeunes, à la prédominance du secteur informel et au manque d’accompagnement structuré, les entrepreneurs ont besoin d’outils capables de renforcer leurs compétences, clarifier leurs projets et améliorer leur résilience.
Le coaching entrepreneurial répond à ce besoin. Il aide à développer le leadership, la prise de décision et la performance individuelle et collective. Cependant, malgré son utilité avérée, le coaching en RDC reste informel et non encadré légalement, fonctionnant principalement sur la base d’auto-régulation par les acteurs eux-mêmes.
Cet article analyse la situation du coaching entrepreneurial en RDC, illustre les initiatives locales d’auto-régulation et propose des recommandations pour professionnaliser durablement ce métier stratégique.
1. Coaching entrepreneurial : rôle et importance
Le coaching entrepreneurial dépasse la simple formation. Il se concentre sur le développement du potentiel humain et la transformation des idées en projets viables.
Ses principaux bénéfices :
- Clarification de la vision et structuration du projet;
- Développement du leadership, de la confiance en soi et de la posture entrepreneuriale;
- Amélioration de la planification et de la prise de décision;
- Renforcement de la résilience face aux obstacles;
- Valorisation du potentiel individuel et collectif.
Ainsi, le coach entrepreneurial joue un rôle clé dans la réussite des projets et dans la consolidation de l’écosystème entrepreneurial.
2. L’état actuel du coaching en RDC : entre reconnaissance partielle et vide légal
Pour comprendre le statut du coaching entrepreneurial, il est important de replacer l’analyse dans le contexte des principaux documents officiels encadrant l’entrepreneuriat en RDC : le PRONADEC et l’Ordonnance-loi n°22/030.
2.1. Le PRONADEC : soutien aux PME et à l’entrepreneuriat
Le Programme National de Développement de l’Entrepreneuriat Congolais (PRONADEC) vise à soutenir les PME, l’entrepreneuriat et l’artisanat, afin de contribuer à la transformation économique et sociale de la RDC.
Le coaching y est mentionné comme outil d’accompagnement et de formation, mais le programme ne définit ni le rôle du coach ni les standards ou critères pour exercer cette fonction.
2.2. L’Ordonnance-loi n°22/030 : promotion des startups et lacune sur le coaching
Promulguée le 8 septembre 2022, l’Ordonnance-loi n°22/030 encadre la création et le fonctionnement des startups et stimule l’innovation en RDC.
- Article 12 : la loi définit plusieurs concepts clés liés à l’entrepreneuriat, comme startup, entrepreneur, PME, mais aucune définition du coach ou du coaching n’y figure, laissant ces notions non encadrées légalement.
- Articles 41 et 42 : la loi mentionne le coaching comme mode de formation et d’accompagnement, mais sans jamais définir ce qu’est un coach, ni préciser ses compétences ou son rôle dans l’écosystème entrepreneurial.
Cette situation montre que, malgré la reconnaissance implicite du coaching comme outil utile, le métier de coach entrepreneurial n’a aucun statut légal en RDC, ce qui explique l’importance des mécanismes d’auto-régulation pour structurer la fonction.
3. Un métier sans cadre légal : l’auto-régulation comme réalité dominante
3.1. Le vide institutionnel
Malgré la mention du coaching dans les textes officiels, le métier de coach entrepreneurial n’est pas reconnu légalement en RDC. Il n’existe ni définition officielle, ni cadre de compétences, ni règles éthiques formelles.
Ce vide institutionnel entraîne :
- absence de référentiel national de compétences ;
- confusion entre coaching, mentorat et formation ;
- hétérogénéité des pratiques et qualité variable.
3.2. L’auto-régulation par les acteurs congolais
Face à l’absence de cadre légal, les acteurs congolais ont développé des mécanismes d’auto-régulation pour structurer le coaching entrepreneurial :
- RECOPEC (Réseau des Coachs Professionnels en Entrepreneuriat du Congo) : ce réseau fédère les coachs, promeut l’éthique professionnelle, partage les bonnes pratiques et défend la reconnaissance du métier. Le RECOPEC est également membre de la Fédération Africaine de Coaching (FAC), ce qui lui permet de bénéficier de normes professionnelles et de bonnes pratiques à l’échelle continentale, renforçant ainsi sa légitimité et son influence.
- ICE-PME (Institut Congolais d’Expertise en Entrepreneuriat et PME) : dirigé par le Professeur Paul Omandji, il a lancé la première formation structurée en coaching entrepreneurial en RDC, établissant les bases méthodologiques et académiques pour le métier.
- ANADEC (Agence Nationale de Développement de l’Entrepreneuriat Congolais) : elle élabore des référentiels nationaux pour la formation et l’accompagnement en entrepreneuriat, posant les fondations d’une normalisation future et d’une professionnalisation progressive.
Ces initiatives montrent que malgré le vide institutionnel, l’écosystème congolais est capable de créer ses propres standards, de structurer la profession et de connecter le pays à des pratiques professionnelles reconnues au niveau africain et international.
4. Enseignements des standards africains et internationaux
À l’international, des organisations comme la International Coaching Federation (ICF) et l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC) proposent des référentiels de compétences, des codes d’éthique et des systèmes de certification garantissant la qualité du coaching.
En Afrique, certains pays ont intégré le coaching entrepreneurial dans des cadres institutionnels ou associatifs, offrant des modèles inspirants pour la RDC.
5. Recommandations pour la RDC
Pour professionnaliser le coaching entrepreneurial tout en consolidant l’auto-régulation existante, il est recommandé de :
1) Valoriser les initiatives d’auto-régulation (RECOPEC, ICE-PME, ANADEC) comme base de concertation nationale.
2) Structurer et harmoniser la formation des coachs, avec modules, référentiels et méthodes standards.
3) Élaborer un cadre progressif de reconnaissance légale, associant État, réseaux de coachs et structures d’accompagnement.
4) Intégrer le coaching entrepreneurial dans les politiques publiques, avec suivi et évaluation des pratiques.
5) S’inspirer des standards africains et internationaux, tout en les adaptant aux réalités congolaises.
Conclusion
Le coaching entrepreneurial en RDC se situe aujourd’hui entre auto-régulation et vide institutionnel. Cette situation révèle une capacité d’initiative et une maturité émergente de l’écosystème local.
Les expériences du RECOPEC, de l’ICE-PME et de l’ANADEC montrent que le métier peut s’organiser et créer ses propres standards, même sans cadre légal formel. L’enjeu pour l’avenir est de transformer ces dynamiques en un cadre institutionnel progressif, crédible et éthique, afin de renforcer la qualité de l’accompagnement, la reconnaissance du métier et l’impact des entrepreneurs congolais.
Coach Gabriel Lomengo Shango
Expert Certifié en Entrepreneuriat et Président du Réseau des Coachs Professionnels en Entrepreneuriat du Congo (RECOPEC)

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